CFORP -  Le centre d'innovation pédagogique
Le centre d’innovation pédagogique
 

Nos élèves, les entrepreneurs d’aujourd’hui…

« Le secret de l’éducation n’est pas dans la salle de classe, mais dans la société. » (Jahana Hayes, Enseignante de l’année aux États-Unis, rencontre à la conférence ASCD, traduction libre)

 

Apprendre par les pieds…

Dans ma deuxième année universitaire, je me rappellerai toujours une phrase prononcée par un de mes professeurs, une phrase qui a eu un impact significatif dans ma vie. Il s’agissait de M. Jacques Bernier, spécialiste du continent africain qui, en citant Vidal de La Blache (géographe français), disait souvent que « la géographie ça s’apprend d’abord par les pieds ». À vingt ans, cette phrase est devenue pour moi une vérité incontournable ! Je suis donc partie pendant deux ans à la découverte de l’Europe et du continent africain, il y a de cela maintenant 35 ans… Ce fut un moment charnière de mon existence, un de ces moments qui a eu un impact sur toute ma vie. Ce sont ces souvenirs qui me sont revenus lors de ma participation à la conférence annuelle de l’Association for Supervision and Curriculum Development (ASCD) en mars dernier !

 

Le voyage forme la jeunesse dit-on…

Apprendre par les pieds… ça veut dire pour moi découvrir et explorer mes passions, prendre des risques, sortir des sentiers battus, aller à la découverte de l’autre, prendre conscience de l’autre… Ça veut dire entreprendre un voyage plus personnel qui me ramène à qui je suis et à la façon dont je veux contribuer au monde qui m’entoure. Pour être franc, il me reste assez peu de souvenirs d’apprentissage significatif en milieu scolaire… En somme, il me reste assez peu de souvenirs de l’école de mon enfance et de mon adolescence. Mais ce voyage… que de découvertes desquelles j’ai retenu de très nombreuses leçons ! Apprendre par les pieds…

 

Mon école, quel voyage offre-t-elle ?

Les ateliers, les rencontres, les partages à la conférence de l’ASCD rappelaient de bien des façons, l’importance de placer l’élève au centre de ses apprentissages et au centre de sa vie. Investir l’élève dans des projets lui permettant de participer à la transformation de la société dans laquelle il vit. Devenir l’entrepreneur de sa vie et de ses actions pour améliorer et comprendre le monde qui l’entoure ! C’est ce que fait Jahana Hayes, enseignante de l’année aux États-Unis (National Teacher of the Year). Elle s’investit depuis plusieurs années avec ses élèves en proposant des projets non pas de service communautaire, mais de service d’apprentissage (Service Learning). Ces multiples projets ont un impact significatif dans la vie de ses élèves, dans leur communauté, dans diverses régions des États-Unis et, très profondément dans sa vie à elle aussi ! En donnant et en rendant service à la communauté qui les entoure, les élèves transforment leur milieu, le rendre plus beau et surtout, ils soutiennent les personnes qui en ont le plus besoin. Jahana Hayes est d’abord une personne qui aime profondément sa profession d’enseignante et qui croit que la relation qu’elle établit avec ses élèves doit être au centre de ses préoccupations. Cette relation est tributaire de l’engagement des élèves qu’elle accompagne. Elle croit que l’apprentissage doit demeurer centré sur l’amélioration des conditions de vie des êtres humains de sa communauté. Un service d’apprentissage qui permet de découvrir l’autre, d’apprendre sur soi tout en intégrant de nombreuses composantes du curriculum. L’apprentissage devient une expérience d’intégration, un voyage d’exploration et de découvertes.

 

Apprendre par les pieds… Pour Jahana Hayes ça signifie être centré sur des expériences concrètes en lien avec les préoccupations des jeunes et de la communauté dans laquelle ils vivent. C’est une école carrefour dans laquelle les apprentissages sont authentiquement en lien avec la vie. C’est une occasion de voir le curriculum sous l’angle du monde réel. C’est de préparer d’abord des personnes empathiques capables de collaborer et de communiquer leurs passions. Somme toute, Jahana permet à ses élèves de découvrir qu’ils sont les entrepreneurs de leur avenir et plus précisément de leur vie.

 

Devenir l’entrepreneur de sa vie…

Dans le document de réflexion portant sur les compétences du 21e siècle et proposé par le Ministère de l’Éducation de l’Ontario, on indique que, « chaque personne doit penser comme un entrepreneur et un innovateur : aujourd’hui, ce qu’il faut, c’est avoir l’esprit d’entreprise. Peu importe où vous travaillez, que ce soit dans une entreprise qui compte dix employés, une multinationale géante, une organisation à but non lucratif, un organisme public ou ailleurs, vous devez, si vous voulez saisir les nouvelles possibilités et relever les défis d’un monde du travail fracturé, penser et agir comme si vous dirigiez une jeune entreprise : votre carrière […] »  On ne parle pas ici d’une entreprise au sens traditionnel du terme, mais on parle d’un entrepreneur de sa vie et de sa carrière… Une réelle invitation à repenser l’école, comment la rendre plus authentiquement ancrée dans le monde et dans la communauté ?

 

Préparer les jeunes que nous côtoyons…

D’abord, précisons que les jeunes n’attendent pas nécessairement après l’école pour répondre à leurs besoins et vivre dans le monde qui les entoure ! Ils ont compris, consciemment ou non, que la société évolue rapidement et qu’ils doivent s’adapter constamment. Plusieurs d’entre eux n’ont pas nécessairement le désir de vivre selon le modèle de leurs parents. Dans mon milieu de travail et autour de moi, plusieurs personnes de 35 ans, voire de 25 ans et moins ont déjà, par la force des choses, un esprit d’entrepreneuriat bien développé. Elles partagent leurs ambitions sur leur propre site web, créent leur propre programme de formation à l’extérieur des institutions traditionnelles, offrent leur service en fonction de leur passion, accèdent à de l’information gratuite pour répondre à leurs questions et à leurs préoccupations. Ces nouvelles réalités ne sont pas sans causer de soucis aux organisations qui ont du mal à s’adapter à ces réalités et l’institution scolaire n’échappe pas ce défi ! En somme, ce sont les jeunes générations qui demandent de plus en plus à l’école de se transformer et de s’ajuster à qui ils sont.

 

On parle beaucoup ces derniers temps de repenser l’école. La conférence de l’ASCD n’a pas fait exception ! Repenser la planification, l’évaluation, le type de projet à proposer aux élèves, l’implication et l’engagement social des jeunes, repenser l’espace, la place des technologies… À ce sujet, un billet de blogue de Jacques Cool portant sur l’école de demain et d’aujourd’hui est fort révélateur. Sur ce même sujet, Marius Bourgeoys écrivait un billet de blogue très inspirant, L’école repensée qui ramenait à sa plus simple expression l’importance fondamentale de la relation entre l’élève et l’enseignant dans cette école repensée. En lisant ce billet de Marius, je n’ai pu faire autrement que de me rappeler les échanges riches que j’ai eus avec Jahana !

 

Et moi comme professionnel de l’éducation, comment suis-je en train de repenser l’école, ou ma salle de classe, ma planification, mes évaluations, mon espace, mon leadership… ? Peu importe la porte d’entrée que nous choisirons, le plus important c’est de commencer.

 

Quelques pistes de transformation intéressantes…

Si je regarde de plus près l’ensemble des ateliers auxquels j’ai assisté lors de mon passage à la conférence de l’ASCD, voici des pistes importantes que je retiens pour repenser l’école.

  • Laissons les élèves nous partager comment ils souhaitent être au service de la communauté qui les entoure…
  • Associons le curriculum à quelque chose de réel dans la société…
  • Plaçons au service de la société les apprentissages de l’élève…
  • Connectons le curriculum à l’action sociale…
  • Participons avec l’élève à être entrepreneur et leader dans l’aujourd’hui et non en prévision de demain…
  • Insistons sur l’importance de faire partie d’une solution…
  • Soyons responsables et concernés par notre prochain…
  • Développons notre compréhension des mots entrepreneuriat et mentalité de croissance pour en saisir la portée dans la réalité et l’apprentissage d’aujourd’hui…
  • Redessinons le succès et la réussite scolaire. L’apprentissage n’est pas toujours rattaché à un résultat…
  • Intégrons les ressources numériques pour orienter et concentrer les actions dans un monde où la collaboration et la communication sont essentielles…
  • Devenons des concepteurs pédagogiques qui structurent, facilitent et conceptualisent des apprentissages et une créativité authentique…
  • Soyons nous-mêmes inspirants et apprenants à vie…
  • Embrassons le changement en acceptant de se changer soi-même…

 

 

Enfin, j’aurais sans aucun doute davantage de souvenirs de l’école de mon enfance si mes expériences scolaires m’avaient permis d’apprendre par les pieds à la mesure de mon âge et de mes intérêts. Ce n’est pas un reproche, seulement une constatation… Faisons en sorte que l’école ne soit pas un passage obligé où je deviendrai, mais un espace d’exploration ou je suis aujourd’hui…

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Écrit par

Dans le domaine de l’éducation depuis plus de 27 ans, je suis actuellement leader pédagogique dans l’équipe TacTic du CFORP. Je soutiens la croissance professionnelle des directions d’école, des membres du personnel enseignant et des membres des services pédagogiques pour mieux répondre aux besoins d’apprentissage des élèves d’aujourd’hui. Je m’intéresse particulièrement à la ludification de l’apprentissage, à la pédagogie participative et à la transformation des espaces d’apprentissage. Twitter : @asavard1234

Dernier commentaire
  • Bonjour André,

    J’ai beaucoup aimé ton blogue. Surtout ce passage : 

    « Dans mon milieu de travail et autour de moi, plusieurs personnes de 35 ans, voire de 25 ans et moins ont déjà, par la force des choses, un esprit d’entrepreneuriat bien développé. Elles partagent leurs ambitions sur leur propre site web, créent leur propre programme de formation à l’extérieur des institutions traditionnelles, offrent leur service en fonction de leur passion, accèdent à de l’information gratuite pour répondre à leurs questions et à leurs préoccupations. Ces nouvelles réalités ne sont pas sans causer de soucis aux organisations qui ont du mal à s’adapter à ces réalités et l’institution scolaire n’échappe pas ce défi ! »

    Ce passage est transformationnel pour moi. Il est vrai que les gens font preuve d’esprit d’entrepreneuriat en créant des sites web et leurs programmes de formation, mais je ne l’avais jamais vu comme tel. Mais c’est de l’entrepreneuriat. Comment l’éducation peut-elle répondre aux besoins changent de ces apprenants ? Quel voyage allons-nous entamer pour redéfinir l’éducation ? Quelles expériences authentiques allons-nous offrir à nos élèves ? Si nous apprenons par les pieds allons suivre le chemin qui est déjà bien tracé ou allons-nous avoir l’audace d’aller ou d’autres ne sont jamais aller et tracer notre voie ?

    (Adapté de la citation de Ralph Waldo Emerson – « Do not go where the path may lead, go instead where there is no path and leave a trail. »)

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