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Si l’évaluation n’était pas une finalité

Si l’évaluation n’était pas une finalité au Québec, le quotidien scolaire de nos élèves serait bien différent. Voici quelques exemples éloquents :

La rétroaction serait présente souvent et tôt dans le processus d’apprentissage

Pour une fois que les chercheurs en éducation pointent tous dans le même sens ! La rétroaction en cours d’apprentissage est incontournable. Bien malheureusement, bon nombre d’enseignants n’ont pas encore compris cela et la seule rétroaction disponible est le résultat d’une évaluation qui, avouons-le, survient trop tardivement dans le processus d’apprentissage. Bien au contraire, cette pratique devrait tapisser toute la démarche académique et y jouer un rôle central.

Voilà une preuve accablante que nous accordons plus d’attention à l’évaluation en tant que produit fini considéré à tort comme imperfectible plutôt qu’à la progression de la démarche elle-même. Si, en corrigeant, vous percevez qu’il y a une grande place à l’amélioration, peut-être que la rétroaction est l’ingrédient manquant à la recette pour le succès.

 

Les possibilités de plagiat seraient minimes

Cette citation tirée du Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine en a fait sourciller plus d’un : « L’évaluation, dans un contexte numérique, est donc à remanier. À quoi vont servir les quantités phénoménales d’informations dans lesquelles l’élève est plongé quotidiennement ? Pourquoi l’évaluer en lui posant des questions auxquelles Google pourrait si facilement lui répondre ? »

La qualité de l’évaluation reflète bien souvent celle de la pédagogie et cette dernière, trop souvent, est complètement déconnectée des réalités sociales contemporaines. Tous ces enseignants qui s’évertuent à enseigner comme il y a 20 ans continuent à évaluer de la même façon, et ce, bien que les élèves aient accès à d’autres outils qui n’existaient pas à l’époque. Souvenez-vous bien : avant, dans le bon vieux temps, à l’époque où tout était mieux que maintenant (sic), le plagiat se limitait presque à poser les yeux sur la copie de son voisin ou à la réutilisation du travail d’un collègue. Aujourd’hui, avec ses milliards de pages, il y a de belles possibilités de copier du matériel issu d’Internet. Cette situation est exacerbée par le fait que l’évaluation n’a malheureusement pas évolué : nous posons toujours les mêmes questions mobilisant pratiquement les mêmes savoirs déclaratifs au même moment, au lieu de mobiliser la globalité de l’élève au sens où l’on rend compte de qui il est devenu (en prenant pour acquis que l’apprentissage a un effet transformateur chez l’apprenant), de ce qu’il sait et surtout, de comment il transfère ce qu’il a appris dans des situations authentiques issues de son monde.

Bref, il est facile de plagier quand ce qui est attendu des élèves équivaut à régurgiter ce qu’ils ont présumément appris ou à chercher des réponses sur lesquelles des millions de personnes se sont déjà penchées précédemment. Et c’est là que la créativité entre en jeu. Pourquoi ne pas reproduire, par l’évaluation, des contextes réels, susceptibles d’intéresser les élèves, au lieu de s’évertuer à demeurer dans un laboratoire contrôlé ?

 

Les évaluations seraient différenciées

On réviserait nos modes évaluatifs tous les ans en fonction de nos élèves plutôt que de réutiliser les mêmes évaluations au même moment de l’année. Cela a deux fonctions principales. La première : elle permet à l’enseignant de façonner l’évaluation en fonction des élèves présents en classe. La différenciation pédagogique n’est pas que pour l’enseignement ; elle est pour l’évaluation aussi ! En second lieu, comment se sentent les élèves face aux épreuves récurrentes ? Soit l’enseignant dit « l’examen est difficile. Les élèves échouent toujours cette partie », soit cette rengaine provient de leurs propres compagnons de classe : « C’est le même examen. Il est difficile ! Eille, bonne chance ! » Bref, peut-on cesser cette routine évaluative ? On y évalue les élèves d’aujourd’hui avec des approches axées sur ceux d’hier ! Quel décalage humain rétrograde ! Cessons de rechercher l’épreuve uniformisée !

 

Il n’y aurait pratiquement aucune pénalité pour des travaux remis en retard ou non remis !

En Ontario, il a été question de cesser de pénaliser les élèves qui remettent leurs travaux en retard ou qui ne les remettent pas du tout sous prétexte que cela nuit à la réussite. Bien évidemment, ceux-ci ont une obligation d’implication dans leurs propres études et ils doivent démontrer une honnêteté intellectuelle, mais faut-il ajouter une pénalité supplémentaire à celle qu’ils s’infligent eux-mêmes ? La commission scolaire ontarienne de York Region estime, dans son document de règles et procédures intitulé Procedure #305.1, Timely Completion and Submission of Assignments for Evaluation, Grades 7-12 , que l’élève se pénalise lui-même puis qu’il semble évident que l’apprentissage s’insère dans un momentum, au moment où il est réalisé dans la classe, avec tous les participants. Si le travail est remis deux mois plus tard, l’élève s’affranchit volontairement de ce momentum et choisit de travailler à l’extérieur d’un contexte favorable mis en place par un enseignant bienveillant.

Dans ce document, il est question de la responsabilité qu’a l’élève de démontrer, par des artéfacts et des traces, son degré de maîtrise d’une compétence. Dans le cas où il choisit de ne pas le faire, le zéro est la dernière solution et il est clairement indiqué que ce zéro, le cas échéant, ne doit aucunement entrer dans le calcul de la note finale puisque ce zéro témoigne davantage de compétences liées à l’organisation de l’apprentissage ou aux habitudes de travail plutôt qu’à l’apprentissage lui-même.

Au Québec, on est loin de là. Un travail non remis, et on l’entend souvent dans nos écoles, « ce n’est pas mon problème ». Même, à la limite, c’est moins de travail. En Ontario, il est attendu de l’enseignant qu’il communique avec les parents, prenne une entente avec l’élève, le talonne, lui donne de l’aide supplémentaire, etc. Bref, un travail non remis en Ontario, c’est tout un problème et une grande charge de travail. Un travail non remis, c’est définitivement le problème de l’enseignant et c’en est tout un ! Ce problème doit être partagé par tous les intervenants externes à l’élève et l’enseignant, en l’occurrence les parents et la direction d’école.

Autrement dit, l’évaluation n’est pas une fin en soi. C’est une étape de l’apprentissage et l’occasion pour l’enseignant d’utiliser divers instruments pour mesurer où en sont les apprenants sous sa responsabilité. Et l’outil évaluatif le plus important, ce ne n’est pas l’examen ou le travail à remettre ; c’est le jugement de l’enseignant, sa capacité à observer les indices visibles et à en témoigner.

En fait, l’évaluation des élèves ne révèle pas seulement des indices sur l’apprentissage des élèves ; elle en révèle également énormément sur les pratiques pédagogiques de l’enseignant !

 

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Écrit par

Directeur du secondaire au Collège Beaubois, Marc-André Girard détient un baccalauréat en enseignement des sciences humaines, une maîtrise en didactique de l’histoire et une autre en gestion de l’éducation, et est actuellement doctorant en administration scolaire. Il donne des conférences sur le leadership en éducation, les approches pédago-numériques et la professionnalisation de l’enseignement. Il a publié le livre Le changement en milieu scolaire québécois aux Éditions Reynald Goulet (2014). Il est également contributeur au magazine L’École branchée et blogueur régulier en éducation. En 2016, il a reçu un prix CHAPO de l’AQUOPS pour l’ensemble de son implication dans l’intégration des TICE à la pédagogie.

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