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Ce que j’aurais aimé savoir quand j’ai entrepris ma carrière d’enseignant – deuxième et dernier billet

Messages aux nouvelles enseignantes et aux nouveaux enseignants – suite

Si vous avez lu le premier billet de blogue publié sur ce sujet, vous avez déjà pris connaissance de mes cinq premiers conseils pour le nouveau personnel enseignant. Je poursuis mon travail avec ce deuxième billet en offrant cinq autres conseils aux membres du personnel enseignant qui entament leur carrière.

6- Être un bon enseignant ou une bonne enseignante ça s’apprend, ça demande beaucoup d’efforts. Combien de fois a-t-on entendu une variation sur cette remarque : « C’est un enseignant né, il a vraiment ça dans le sang, c’est un naturel ». Je pourrais employer plusieurs gros mots pour vous dire jusqu’à quel point cette affirmation est sans fondement. À moins que je ne me trompe, la science n’a pas encore découvert le gène de l’enseignement. Ça revient presque à dire que les habitants du Canada sont naturellement bons au hockey. Les Canadiens font bonne figure au hockey parce qu’ils jouent beaucoup au hockey.

Être enseignant ou enseignante, c’est comme toute autre chose de la vie. Plus on y met d’effort et de travail, et plus on en tire de bienfaits. Je ne vous apprends rien en vous disant que pour former des apprenants et des apprenantes il faut en être un soi-même. En sortant de la faculté, vous n’avez pas fini d’apprendre. Au contraire, ce n’est que le début d’un long chemin sans fin.

Merci encore à Martin pour son excellente réflexion :

« Il me semble que si nous ne croyons pas que les membres du personnel enseignant peuvent apprendre à être bons, on ne peut pas croire que nos élèves qui sont pourris en mathématiques, en français, en sciences, en arts, etc., peuvent devenir meilleurs. D’après moi, ça va à l’encontre de ce que ça veut dire que d’être enseignant. Les valeurs ou les croyances d’un enseignant sur la possibilité de développement de ses élèves ont une influence majeure sur leur développement.

J’imagine un monde où les enseignants et les enseignantes qui sortent de la faculté, n’attribuent pas leurs défis en tant qu’enseignant à un manque d’intelligence ou de compétence en tant qu’enseignant, mais plutôt, à un manque d’expérience ou d’effort. Dans ce monde, nos élèves penseront de même et repousseront les limites que nous leur avons mises par inadvertance! C’est un beau monde, mais ça doit commencer par nous les enseignants. »

7- Vous ne savez pas ce que vous ignorez. À la faculté, vous avez appris beaucoup de choses, mais vous vous rendrez vite compte que, pour passer de la théorie à la pratique, ça demande du temps. Votre Summa Cum Laude ne garantit pas votre succès comme enseignant lorsque que vous vous retrouvez devant 25 « enfantastiques ». Le problème est que vous ne savez pas encore ce que vous ne savez pas!

Je m’explique.

Lors d’un atelier que donnait Ewan MacIntosh l’automne dernier, celui-ci nous a présenté un petit graphique fort intéressant qui ressemblait un peu à ceci :

Le petit cercle au centre représente ce que vous savez que vous savez (known known); le deuxième cercle représente ce que vous savez que vous ne savez pas (known unknown). Les réponses à ces problèmes se trouvent assez facilement : un collègue ou Google. Là où le vrai apprentissage prend forme est dans le dernier grand cercle qui représente tout ce que vous ignorez que vous ignorez (unknown unknown). Ce grand cercle de « unknown unknown » est là où la croissance se fait, là où sortir de sa zone de confort devient payant.

8- Réglez vos problèmes vous-même. En parlant de « unknown unknown », comment saurons-nous régler des problèmes dont nous ignorons présentement l’existence? Vous aurez assurément des élèves qui vous causeront des problèmes, qui vous « testeront ». Votre manière de réagir pourrait avoir un grand impact sur le reste de votre année, voire sur le reste de votre carrière.

Si vous ne savez plus quoi faire avec un élève, demandez conseil à vos collègues, mais réglez le problème vous-même. S’il y a une escalade des comportements, à un moment donné vous allez devoir rencontrer l’élève avec la direction. Néanmoins, entendez-vous avec cette dernière pour que VOUS soyez la personne qui règle le problème. N’utilisez pas la direction comme une menace. Ils ne peuvent pas régler les problèmes à votre place. Vous êtes en classe, alors VOUS devez agir. Rendu à cette étape, la direction devrait jouer le rôle du « bad cop» et vous celui du « bon cop » qui vient sauver l’élève.

Si vous laissez quelqu’un d’autre régler vos problèmes, les élèves vont vite se faire une idée de vos compétences et perdront tout respect pour vous, ce qui rendra la gestion de classe encore plus difficile.

9- Gestion de classe. Trois mots qui font frémir tout nouvel enseignant. De prime abord, clarifions un point : la gestion de classe n’a rien à voir avec crier ou hausser le ton pour obtenir obéissance et contrôle. Il s’agit plutôt de créer des conditions optimales pour favoriser l’apprentissage de chacun. C’est un chaos organisé. Il se peut que ce soit bruyant.

Comment y arriver?

Réponse facile, voir mon point numéro 1 : créer des relations avec vos élèves. Ceux-ci seront beaucoup plus réceptifs s’ils vous font confiance, s’ils vous connaissent. Vous devez faire équipe avec vos élèves, les écouter (le dit et le non-dit) pour que tous soient dans le même bateau, que tous agissent pour le bien commun. Sinon, ils sont 25 et vous êtes seul… bonne chance!

Tout de même, il y aura des journées où vous aurez l’impression d’avoir été mis K.O. par vos élèves. C’est tout à fait normal, on a toutes et tous des journées du genre, mais à titre de novice vous risquez d’en avoir davantage qu’un enseignant chevronné.

La solution est de se relever du tapis, de se remettre sur pieds et d’être prêt à revenir dans l’arène le lendemain. Un jeune enseignant doit développer la faculté de commencer chaque journée avec une page blanche : hier, c’est du passé; regardons comment nous allons être meilleurs aujourd’hui.

10- Les autres profs sont là pour vous aider… jusqu’à un certain point. En tant qu’enseignant semi-expérimenté (14 ans d’enseignement), j’aime aider les enseignants qui arrivent dans mon école. J’en connais bien la culture et je connais presque tous les 650 élèves. J’aime donner un coup de main à des collègues. Je ne suis pas unique. Tous les membres du personnel enseignant font preuve de cette solidarité de manière instinctive.

À la une - Ce que j’aurais aimé savoir quand j’ai entrepris ma carrière d’enseignant - p2Cependant, une erreur que commettent parfois les jeunes profs est de faire la « sangsue ». Je partage mes ressources avec les autres profs avec plaisir. Cependant, quand je deviens le fournisseur officiel pour le cours d’un enseignant, je commence à être un peu moins gentil.

Nouveaux profs, oui, allez voir les enseignants pour savoir par où commencer lorsque vous donnez un nouveau cours. Demandez conseil, imprégnez-vous de leurs judicieuses suggestions. Vous épargnerez beaucoup de temps et d’effort, mais, de grâce, montrez-leur aussi que vous êtes capable de voler de vos propres ailes. Faites preuve d’initiative.

Jeunes enseignantes et jeunes enseignants, n’ayez pas peur de foncer et de vous casser la gueule; c’est la seule manière d’apprendre.

Soyez toujours fiers de ce que vous accomplirez, mais n’en soyez jamais satisfaits!

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Écrit par

<p>Je suis enseignant de 8e année à Ottawa dans une école secondaire de langue française. J’adore apprendre! L’innovation en éducation me passionne. Je regarde depuis longtemps ce que les autres font. À mon tour de partager ce que je fais ou du moins ce que j’essaie de faire. Quand je ne suis pas en train de penser à l’école, je cours (1/2 marathon, 10 km, 5 km), je lis (souvent au sujet de l’école) et je travaille le bois dans mon garage.</p>

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