CFORP -  Le centre d'innovation pédagogique
Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques
 

Les classes LabO au CEPEO : le développement des compétences globales en littératie

Léo Dignard

Voici le troisième billet d’une série de trois billets de blogue portant sur les classes LabO mises en place au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, des classes ouvertes sur la province qui servent à faire rayonner des pratiques pédagogiques novatrices.

Je suis un enseignant de 7e et de 8e année à l’école secondaire publique Louis-Riel à Gloucester et, pour cette année, conseiller pédagogique à temps partiel. J’en suis à ma première année dans une classe LabO. Plus exactement, dans deux classes LabO, celle de 7e année et celle de 8e année! Je crois beaucoup à la classe LabO et à ce qu’elle peut apporter à ses élèves. En juin dernier, lorsqu’on m’a proposé d’enseigner dans des classes laboratoires, j’ai tout de suite affirmé que je ne voulais pas seulement des classes enrichies comme classe LabO. Je voulais sortir de ma zone de confort et travailler avec divers types d’élèves. Mon souhait a été exaucé!

 

Mon approche à la transformation

Pour transformer l’expérience d’apprentissage de mes élèves, j’ai voulu inclure des aspects qui touchent à l’entrepreneuriat dans mes deux classes. Je voulais laisser plus de place aux élèves, leur donner la liberté de faire des choix et leur permettre de développer les compétences globales.

Un compte Twitter de classe

Mes élèves de 7e année sont engagés et prêts à travailler au-delà des heures de classe pour mener à bien un projet. Ce sont des élèves, pour la plupart, qui ont une grande motivation intrinsèque et qui sont stimulés par l’apprentissage. Avec ce groupe, j’ai pu réaliser un objectif pédagogique que je m’étais fixé depuis longtemps : créer un compte de classe sur Twitter (@Classelabo7). Notre classe publie des gazouillis régulièrement afin de diffuser nos réflexions et nos projets en plus d’interagir avec le monde qui nous entoure. J’ai proposé aux élèves deux tâches liées à la francophonie : créer un balado sur une personnalité francophone et organiser une activité qui fait la promotion du français à l’école. Je leur ai proposé d’utiliser les médias sociaux pour interagir avec une personnalité francophone de leur choix. Seul un petit nombre ont relevé le défi, mais je suis content qu’ils aient osé. J’ai été fort surpris de la qualité des balados. Faites-en l’écoute de quelques-uns. (mettre ce lien sur Faites-en l’écoute de quelques-uns!

Présentation - Projet de balado FRANCO 

Une activité de promotion de la francophonie

Soucieux du développement des compétences globales chez mes élèves, je leur ai proposé d’organiser à l’heure du dîner une activité de leur choix qui ferait la promotion de la francophonie. Cette tâche tentait de développer chez eux la collaboration, la résolution de problèmes en temps réel, la créativité, l’innovation et l’entrepreneuriat. Vous pouvez suivre ces activités sur mon fil Twitter @LeoDignard_EAO. Après chacune de ces activités, j’invitais mes élèves à faire un retour sur leur activité afin de cibler ce qui s’était bien passé et ce qui s’était moins bien passé. J’espère qu’ils pourront en sortir grandis même si les choses ne vont jamais exactement comme on le pense.

 

L’organisation de la course Terry Fox

J’ai été très ambitieux avec les élèves de 8e année en lançant, dès la rentrée scolaire 2018-2019, un projet de classe dans lequel les élèves devaient développer les compétences globales. Ils devaient organiser la course Terry Fox… pour toute l’école!

Gérer un tel projet s’est avéré un défi de taille pour moi et les élèves. J’ai dû m’habituer à ne pas pouvoir tout contrôler et les élèves ont dû apprendre à collaborer et à gérer leur temps efficacement en ayant de vraies échéances. Ce qui caractérise ce type d’activité, c’est de voir l’événement être annulé ou ne pas se dérouler correctement, si la préparation a été négligée. J’ai réalisé que certains élèves ne sont pas habitués à assumer des responsabilités. Je me suis posé ces questions : leur offre-t-on des contextes d’apprentissage assez importants? Que faire si l’engagement des élèves n’est pas au rendez-vous? Quelle est la « conséquence » de ne pas terminer tel travail ou telle tâche? Dans le monde professionnel, ne pas faire ce qui était attendu entraîne toujours une conséquence. Est-ce de même dans nos salles de classe? dans nos écoles? Sans prôner une approche punitive, comment peut-on transmettre aux élèves l’envie de se dépasser?

Je crois que le contexte pédagogique proposé, la passion et la compétence de l’enseignant y sont pour quelque chose, mais cela ne suffit pas. Sans solution miracle, mais déterminés, nous essayons autre chose. Nous nous questionnons afin de mieux répondre aux besoins de nos élèves. Nous nous ajustons continuellement. Nous espérons voir cette étincelle dans les yeux de nos élèves. On affirme souvent que l’enseignement est une vocation. Elle l’est!

Afin de gérer efficacement les équipes et les tâches, j’ai dû préparer un plan de travail. Certaines tâches étaient obligatoires et d’autres au choix. J’ai vu plusieurs équipes motivées. Je pense notamment à une équipe qui a organisé une vente de muffins santé, à une qui a organisé des défis liés au montant amassé et à une autre qui a géré une vente de barres gelées. Pour mener ces projets à terme, les élèves ont dû rencontrer l’équipe de direction afin de les faire approuver. Ensuite, ils devaient se partager les tâches liées à la réalisation de leur projet. Ce contexte authentique était quelque chose dont je rêvais depuis plusieurs années, sans jamais avoir osé l’organiser. Malheureusement, quelques activités n’ont pas eu lieu. Certains élèves ont décroché à différents moments, car ils étaient fatigués, n’étaient pas dans leur assiette ou n’aimaient plus leur activité. Certains ont même carrément décidé d’abandonner leur station le jour de la course. J’ai dû prendre un pas de recul et utiliser ces moments pour prendre des notes (pratique réflexive).

J’ai senti plus que jamais l’importance de développer les compétences globales, mais aussi et surtout, les habiletés d’apprentissage et les habitudes de travail. Ce qui me sautait aux yeux, c’était un manque de fiabilité, un sens de l’organisation souffrant de carences importantes, un manque de collaboration, d’autorégulation, etc. Lorsque je fermais les yeux, j’imaginais ces élèves plus tard sur le marché du travail. C’est là que j’ai pris la décision consciente d’accepter de « ralentir » pour intégrer le développement de ces habiletés et de ces habitudes dans mon enseignement quotidien. Je ne pense pas que tout changera du jour au lendemain, mais je suis prêt à traverser l’hiver afin de ressortir au printemps avec quelques fleurs qui se seront épanouies.

 

Un passeport lié aux habitudes de travail et aux habiletés d’apprentissage

Les élèves ont un passeport lié aux habitudes de travail et aux habiletés d’apprentissage. Nous construisons avec les élèves des critères qui leur parlent. À la fin de chaque cours, tous les élèves évaluent leurs habitudes de travail et leurs habiletés d’apprentissage, rédigent un petit commentaire et me remettent leur cahier. À mon tour, je laisse un commentaire selon ce que j’ai observé durant l’heure passée ensemble. Dans un sens, c’est une responsabilité de plus, mais je tiens à développer l’autorégulation et j’en fais mon cheval de bataille. Par ce fait, j’espère que mes élèves arriveront dans la classe de Daniel  ou de Caroline avec les compétences et les connaissances pour réussir à l’école comme dans la vie.

Partager l'article
Écrit par
Léo Dignard est un enseignant chevronné qui oeuvre à l’école secondaire publique Louis-Riel à Ottawa et qui agit comme conseiller pédagogique au CEPEO. Depuis quelques années, il vit un changement. Il tente de créer un milieu d'apprentissage stimulant où des tâches authentiques sont proposées aux élèves afin qu’ils s’engagent pleinement dans leur apprentissage et qu’ils développent des compétences comme la communication, la collaboration, la citoyenneté mondiale et la durabilité, la pensée critique et la résolution de problème ainsi que l’innovation, la créativité et l’entrepreneuriat. Cette année il relève le défi d'enseigner dans deux classes LabO où il tentent de continuer d'innover et de donner une voix à ses élèves. Il ouvre les portes de sa salle de classe régulièrement afin de favoriser les échanges pédagogiques et continuer son cheminement professionnel qui est en constante évolution.

@LeoDignard_EAO
Aucun commentaires

LAISSEZ UN COMMENTAIRE