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L’élève ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA) : un avantage pour tous les acteurs de l’école

La présence d’élèves ayant un TSA au sein d’une école peut grandement enrichir l’environnement scolaire d’un point de vue humain et pédagogique. Tout dépend de la façon d’aborder cette réalité.« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

Le petit prince« Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi illustration du Petit Prince et du renardunique au monde. »

 

« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui rend ta rose importante. »

 

Le Petit Prince et sa rose sur une planète.Ces citations, vous les aurez sûrement reconnues. Elles sont tirées du classique Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry. Elles me viennent constamment à l’esprit dans mes interactions avec les personnes ayant des défis particuliers. Elles sont empreintes d’une sagesse à toute épreuve. En quelques mots, elles résument tout au sujet de l’enseignement en « enfance en difficulté » (EED). Pensez-y! Tout l’essentiel est là!

 

L’essentiel est invisible pour les yeux

 

photo d'une personne aveugle et sourde qui est contente de sentir les rayons du soleil sur sa peau.

Mélodie est sourde et aveugle. Pourtant, elle aime sentir les rayons du soleil sur son visage. Son plaisir est évident!

Si l’on ne voit bien qu’avec le cœur, il est certain qu’une bonne part de la réalité nous échappe lorsque nous pensons tout voir avec nos yeux. Il y a énormément de communications qui passent inaperçues. Paradoxalement et étrangement, le déficit dans la lecture des indices non verbaux, dont souffrent les autistes, n’empêche pas l’élève de « sentir » si nous l’aimons ou pas…

Pour l’élève ayant un TSA, les petits gestes comptent, parfois dans les petits détails. Un peu comme la personne qui est aveugle et qui a développé davantage ses autres sens pour compenser, la personne ayant un TSA a tendance à développer d’autres facultés, telles des spécialisations, des expertises et des capacités particulières. Il s’agit parfois de grandes qualités ou de grands talents qui ont besoin d’être reconnus et encouragés. Des figures historiques ont fait de grandes découvertes, alors qu’elles présentaient des caractéristiques propres à l’autisme. Pourquoi? Parce que d’autres ont cru en leur potentiel, mais aussi, parfois, justement parce qu’elles avaient un TSA! Le joli texte de Marie-Josée Cordeau, conférencière ayant un TSA, traite de ce sujet : Les autistes célèbres et ceux soupçonnés de l’être.

Albert Einstein ou Isaac Newton auraient-ils pu imaginer leurs grandes idées sans une part d’autisme? Que dire de Guglielmo Marconi, qui passait jour et nuit dans son laboratoire pour en arriver à faire la première transmission radio transatlantique? Le groupe d’autistes créatifs, innovateurs et dotés d’un esprit divergent est immense. Nous lui devons beaucoup. Raison de plus de ne pas étouffer nos élèves autistes. Les enseignants d’Einstein le voyaient comme un enfant perturbateur, peu doué. Il parla tard dans son enfance. Il aurait pu être étiqueté comme déficient. Certains le pensaient d’ailleurs…

Voici quelques personnalités ayant reçu un diagnostic de TSA :

  • Dan Aykroyd, acteur (SNL, Blues Brothers, Ghost Busters, etc.)
  • Susan Boyle, chanteuse
  • James Taylor, chanteur
  • Temple Grandin, scientifique et conférencière
  • Darryl Hannah, actrice
  • Courtney Love, chanteuse
  • Sir Anthony Hopkins, acteur

En ce qui concerne la liste des gens soupçonnés d’avoir le TSA, elle est bien longue. En voici quelques-uns :

  • Mark Zuckerberg, cofondateur de Facebook
  • Bill Gates, cofondateur de Microsoft
  • Andy Warhol, artiste du Pop-Art
  • Thomas Edison, inventeur
  • Bob Dylan, chanteur
  • Alexander Graham Bell, inventeur
  • Marie Curie, scientifique et pionnière des études sur la radioactivité, gagnante du prix Nobel de physique et du prix Nobel de chimie
  • Glenn Gould, pianiste canadien célèbre
  • Isaac Asimov, auteur

N.B. Cette liste est offerte sans prétention, le but n’étant pas de poser un diagnostic, mais uniquement d’illustrer les propos.

« Dessine-moi un mouton! »boite de métal stylisée ayant des jambes, des yeux et des bras.

  

Jujube, un chien, est un ami unique au monde pour Alex couché par terre avec le chien..

Jujube est un ami unique au monde pour Alex qui a un TSA.

Si tu m’apprivoises, tu seras pour moi unique au monde

« Design universel » ou Conception universelle de l’apprentissage (CUA)

Étonnamment, la CUA a été inspirée par le domaine de l’architecture, plus particulièrement du Universal Design, principe qu’a approfondi Ronald Mace dans les années 1980. Celui-ci a fait remarquer l’importance de créer des environnements physiques universellement accessibles d’emblée plutôt que d’attendre de faire des modifications pour répondre à des demandes spécifiques. Ces adaptations se sont avérées utiles pour beaucoup de gens.

Le principe est simple et s’exprime ainsi :

Étayée par des recherches, l’idée selon laquelle une aide ciblant un groupe spécifique peut être utile à tous s’est frayé un chemin en éducation. Les professionnels de l’enseignement se sont rendu compte que des stratégies d’enseignement et du matériel pédagogique ainsi que des outils conçus pour répondre aux besoins particuliers d’un élève ou d’un groupe d’élèves se révélaient aussi utiles à tous les élèves. […]

En somme, le principe veut que les mesures mises en place pour appuyer l’apprentissage des élèves ayant un TSA comportent des avantages pour tous les autres élèves; par exemple, on sait que les élèves ayant le trouble du spectre de l’autisme ont tendance à mieux apprendre avec un bon appui visuel. Il est donc recommandé de donner beaucoup d’indices visuels pour les tâches, les horaires, les calendriers, les rappels, etc. Bien évidemment, cela peut aider d’autres élèves qui désirent bien saisir ces renseignements et bien les retenir.

 

La conception universelle de l’apprentissage n’est pas uniquement une technique visant l’éducation de l’enfance en difficulté; il s’agit plutôt d’une technique pour accroître l’apprentissage de tous les élèves. (Adapté de Turnbull, Turnbull, Shank, Smith et Leal, 2002, p. 92, dans L’apprentissage pour tous, p. 13)

 

Dans son sens large, c’est un apprivoisement de l’apprentissage pour l’élève ayant un TSA, mais qui rend service à tous les autres élèves. Des études portant sur l’apprentissage social ont montré qu’un enseignement social soutenu pour l’ensemble du groupe-classe a un effet très important sur l’élève ayant un TSA. Cet effet est beaucoup plus grand que si l’on s’en tient à un enseignement social destiné uniquement à l’élève ayant un TSA, puisque les autres élèves bénéficient grandement de cet enseignement social explicite. Pourtant, ce type d’enseignement n’est pas normalement offert dans une classe ordinaire.

 

photo Le Petit Prince qui arrose sa rose devant un arc-en-ciel.L’important, c’est la rose, l’important, c’est la rose, crois-moi
Qu’a-t-elle de si important cette rose que l’on nourrit, que l’on soigne, que l’on protège?

 

Dis à ton tour maintenant
Que la vie n’a d’importance
Que par une fleur qui danse
Sur le temps…
Gibert Bécaud, L’important, c’est la rose, 1967.

 

L’acte même de nourrir, de soigner et de protéger donne-t-il le pouvoir de rendre heureux? 

Selon une étude scientifique publiée dans le Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, c’est tout à fait possible, preuves à l’appui. À l’aide d’échantillons sanguins prélevés sur 80 sujets humains en bonne santé, les chercheurs ont observé que les sujets plus orientés vers l’altruisme (eudémonique) ont moins de gènes inflammatoires et plus de gènes antiviraux qui protègent le corps. Chez les individus plus orientés vers le plaisir personnel (hédonique), c’est la situation contraire qui se présente. « Faire du bien et se faire du bien génèrent des niveaux similaires d’émotions positives, mais n’ont pas le même effet sur le génome », selon cette étude.

 

Hedonic and eudaimonic well-being showed similar affective correlates but highly divergent transcriptome profiles. Peripheral blood mononuclear cells from people with high levels of hedonic well-being showed up-regulated expression of a stress-related conserved transcriptional response to adversity (CTRA) involving increased expression of proinflammatory genes and decreased expression of genes involved in antibody synthesis and type I IFN response. In contrast, high levels of eudaimonic well-being were associated with CTRA down-regulation. (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America)

 

Faire du bien à l’autre, c’est donc se faire du bien à soi. C’est se faire le cadeau du bien-être. Un altruisme bien assumé et adopté pour les bonnes raisons peut certainement être bénéfique pour tous.

Lorsqu’un élève ayant le trouble du spectre de l’autisme est dans une classe ordinaire, cela peut souvent poser des défis légers à importants. Cela change la donne tant pour le personnel scolaire que pour les autres élèves.

 

Des choix s’imposent :

Voir la présence de l’élève ayant un TSA comme une occasion de grandir. Voir la présence de l’élève ayant un TSA comme une contrainte.
Apporter des adaptations qui peuvent être bénéfiques pour tous les élèves. S’en tenir à des adaptations spécifiques pour l’élève sans les généraliser pour l’ensemble du groupe-classe.
Aller à la rencontre de l’autre, l’apprivoiser, être à son écoute, le comprendre, communiquer et interagir avec lui. Faire de l’exclusion, de l’évitement ou même de la ségrégation physique ou psychologique.
Mettre à profit de façon positive la présence de l’élève ayant un TSA pour permettre aux élèves « neurotypiques » d’apprendre l’acceptation de la différence, la tolérance, la patience et plusieurs autres qualités. Éviter toutes grandes leçons de vie, ces occasions d’apprendre et d’enseigner sous prétexte que l’on n’a pas de temps, qu’il faut « couvrir le programme » ou que la présence des élèves ayant un TSA crée une distraction ou représente une perte pour les autres élèves.
Libérer le trésor caché pour en faire profiter notre société. Ignorer le trésor.

 

Conclusion

Ce billet ne visait pas à aborder ces questions en détail. Cela ferait l’objet d’un ouvrage nettement plus volumineux, puisque le tout est bien complexe. Mon souhait est qu’il puisse servir à faciliter l’accueil des élèves ayant un TSA. Ces élèves ont beaucoup de qualités et pourraient contribuer à nos milieux scolaires pour peu que nous leur en donnions l’occasion. Pour qu’un milieu puisse bien accueillir l’élève ayant un TSA, le personnel a besoin d’information, de formation et d’accompagnement (voir le billet de blogue précédent). N’oubliez pas que l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario a approuvé une QA en enseignement aux élèves ayant un TSA. N’hésitez pas à réclamer une telle formation en français.

 

Avant tout, le milieu doit avoir l’esprit et le cœur ouverts.

Bon succès dans votre parcours professionnel auprès de ces « Petits Princes »!

 

Références

Design Thinking for Educators (site Web)
designthinkingforeducators.com/

FREDRICKSON, B. L., K. M. GREWEN, K. A. COFFEY, S. B. ALGOE, , A. M. FIRESTINE, J. M. G. AREVALO et S. W. COLE (2013). « A functional Genomic Perspective on Human Well-Being, » Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 110 (33), 13684-13689. DOI: 10.1073/pnas.1305419110
uncch.pure.elsevier.com/en/publications/a-functional-genomic-perspective-on-human-well-being

Ministère de l’Éducation de l’Ontario (2013). L’apprentissage pour tous, [En ligne],
edu.gov.on.ca/fre/general/elemsec/speced/LearningforAll2013Fr.pdf.

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Écrit par
travaille dans le monde de l’éducation franco-ontarien depuis plus de 30 ans en tant qu’enseignant et conseiller pédagogique membre de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Il a enseigné au CSDCEO dans les années 90. Par la suite, il est devenu conseiller pédagogique au services consultatifs de langue française (SCLF) du ministère de l’Éducation de l'Ontario. Au même moment, il a aussi travaillé au CFORP et au CLÉ. Par la suite, c’est au Centre Jules-Léger où sa carrière s’est poursuivie pendant 14 ans en tant que consultant en surdicécité. Il donne le cours de qualification additionnelle en enseignement aux élèves sur le spectre de l’autisme à l’Université d’Ottawa où il a aussi travaillé comme coordonnateur des stages au programme de formation à l’enseignement. Il collabore en ce moment comme rédacteur de cours modulaires au service d’édition du CFORP.

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