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Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques
 

Prendre le train TGV : l’enseignement aux élèves ayant un trouble du spectre de l’autisme (TSA)

La connaissance scientifique au sujet du trouble du spectre de l’autisme (TSA) évolue à un rythme accéléré depuis quelques années. Vu le nombre croissant d’élèves ayant un diagnostic de TSA, chaque école est concernée et doit donc s’y adapter. Comment peut-elle y arriver?

lettres formant le mot autisme épinglées sur une corde à linge

Depuis les années 1990, la recherche scientifique sur le trouble du spectre de l’autisme n’a cessé de se perfectionner. On en sait beaucoup plus aujourd’hui qu’à cette époque où il était plutôt question de « trouble envahissant du développement ». Dans les écoles, un peu partout dans le monde, on n’en était qu’aux balbutiements dans les approches pédagogiques. Pas étonnant, puisque le monde scientifique lui-même avait peu avancé dans sa connaissance des causes et des approches thérapeutiques. Pire encore, on était non seulement aux prises avec une ignorance généralisée au sujet de l’autisme, mais on devait aussi composer avec des mythes et des préjugés très néfastes pour ces élèves.

Étant père d’un enfant ayant un trouble du spectre de l’autisme et enseignant, je constatais avec peine que mon fils subissait cette ignorance et ces préjugés année après année, sansmère assise sur une sofa réconfortant un enfant autiste pouvoir apporter des solutions. Ce cheminement m’a mené vers la création d’une qualification additionnelle en enseignement aux élèves ayant un TSA, à l’Université d’Ottawa, destinée au personnel enseignant francophone. Cela m’a aussi poussé à faire des pressions auprès de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario pour que l’on accorde enfin une QA spécialisée pour ce domaine. Cette nouvelle QA présentée en trois parties devrait être offerte très bientôt. Ce sera une étape de plus dans le long cheminement de ce domaine d’enseignement.

 

Des chiffres hallucinants

 

fille dans une bouteille sur la plageSelon les Centers for Disease Control and Prevention, aux États-Unis, les dernières statistiques publiées indiquent qu’il y avait, en 2014, 1 élève sur 59 ayant le trouble du spectre de l’autisme1, né en 2006. C’est énorme! Si l’on se fit à la tendance, le prochain taux de prévalence pour 2016 pourrait être encore plus élevé. Au Canada, selon la Base de données épidémiologiques nationale sur l’étude de l’autisme au Canada (la NEDSAC)2, c’est plutôt 1 enfant sur 94. D’après le Journal de l’Association médicale canadienne3, le TSA touche environ 1 % de la population canadienne, ce qui signifie qu’environ 100 000 Ontariennes et Ontariens ont reçu un diagnostic d’autisme.

IMPORTANT : Il s’agit de statistiques portant sur les gens ayant reçu un diagnostic. Néanmoins, un certain nombre de personnes ayant le trouble du spectre ne seront jamais diagnostiquées ou seront mal diagnostiquées pour toutes sortes de raisons. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne les filles, celles-ci échappant souvent au dépistage et au diagnostic, l’autisme ayant tendance à se manifester différemment chez elles. Les chiffres actuels ne reflètent donc qu’une partie du nombre réel.

En somme, c’est une réalité qu’aucun système scolaire n’a le loisir d’ignorer.

 

Comment l’école peut-elle s’adapter à cette nouvelle réalité?

 

 

On propose quatre composantes :

 

tableau en quatre parties information, coachint et accomagnement, formation, leadership et défense des intérêts

 

Information


C’est un point de départ incontournable, bien sûr. En 2018, la quantité d’information à ce propos est vraiment plus grande qu’il y a dix ou même cinq ans. De plus, l’information la plus récente vient fréquemment contredire l’information que l’on considérait comme étant fiable auparavant. Il est donc essentiel de non seulement se renseigner, mais aussi de tenir ses connaissances à jour. Le personnel scolaire étant souvent très occupé, il est utile de faire appel à des sources de renseignements fiables et succinctes mises à jour régulièrement.

En voici quelques exemples :

On a aussi accès à des études scientifiques validées telles que les suivantes :

Toute l’information du monde ne saurait toutefois être suffisante. Y aurait-il encore des milieux scolaires qui se limiteraient à cette seule composante? L’information serait-elle adéquate?

 

Formation

 

On accorde habituellement une grande importance à cette composante en y consacrant ressources et temps, du moins lorsqu’ils sont disponibles. C’est judicieux, puisque la formation permet de rassembler les gens autour de concepts et d’objectifs d’apprentissage en intégrant le tout dans un contexte social. C’est d’autant plus utile lorsque la formation est interactive et stimule la participation active et la réflexion.

Formations systémiques, ponctuelles, à l’interne, à l’externe, symposiums, conférences, post-diplôme collégial, cours de qualification additionnelle reconnu par l’Ordre…Bien sûr, la qualité de la formation est déterminante pour assurer l’efficacité des interventions et des approches pédagogiques.

 

Facteurs de réussite pour la formation

 

graphique démontrant les facteurs de réussite pour la formation

Personnel formateur: formation, qualifications, expérience, attitudes, valeurs, engagement, amabilité.

Contenu véhiculé: approche scientifique, connaissances mises à jour, contenu pertinent et concret, absence de mythes et de préjugés.

Approche andragogique : formation sur mesure pour les apprenantes et les apprenants, qui favorise :

  • l’apprentissage;
  • l’intégration;
  • l’application à des réalités divergentes, la recontextualisation;
  • la réflexion sur la pratique, la métacognition.

 

J’ai appris beaucoup de choses pertinentes lors de la formation au symposium la semaine dernière. Je fais quoi maintenant?

jeune femme pensive devant son ordi

 

 

 

Coaching et accompagnement

 

imaage composées avec des synonymes de CoachingC’est le nœud de la guerre! En enseignement, tout réside dans l’application concrète dans la « vraie vie ». L’école n’est pas qu’un lieu de réflexion, elle est surtout un lieu de mise à l’essai et de mise en pratique. Notez que ces deux termes sont très importants, car il n’y a pas de progrès possible sans prise de risque! Il faut essayer, tester, valider. En somme, il faut un peu plonger dans le vide. Ce saut doit évidemment être éclairé par l’information et la formation, puis, idéalement, être appuyé par du personnel spécialisé mandaté pour offrir un appui continu aux élèves. Ce personnel doit être hautement formé et engagé dans le perfectionnement professionnel afin de s’assurer d’être constamment à jour sur le sujet. Le regard de l’autre sur la pratique est essentiel à la validation des approches. Il favorise aussi, au besoin, la pratique réflexive dans un tel contexte.

Au coaching et à l’accompagnement, on doit aussi ajouter les communautés d’apprentissage professionnel où l’équipe pédagogique de l’école se mobilise et se concerte pour devenir une communauté apprenante. Le Centre canadien de leadership en évaluation a décortiqué le Cycle d’apprentissage professionnel : planifier, agir, observer et réfléchir.

 

Le cycle d'apprentissage professionnel de l'équipe école : planifier, agir, observer, réfléchir.

 

 

Leadership et défense des intérêts des élèves

 

image d'une pyramide en bonhomme papierDans la jungle des mythes et des préjugés, on doit parfois les confronter avec la science et l’accueil de l’autre. Le leadership scolaire collaboratif et visionnaire est essentiel à la mise en pratique d’approches concertées à l’échelle de l’école, au sein du personnel scolaire. Le maillon le plus faible de la chaîne de gestion pédagogique peut facilement faire s’écrouler le système le mieux pensé. On parle ici d’exécution et de contexte. Si tous les partenaires dans l’école adoptent une pratique d’intervention adéquate, mais qu’une seule personne (pédagogie, administration, soutien) adopte une approche contradictoire dans son interaction avec l’élève, la situation peut rapidement devenir problématique. La mobilisation de tout le personnel est essentielle, et cela exige un excellent leadership.

 

Cette vision doit aussi assurer la collaboration avec les parents et la communauté. C’est d’autant plus vrai lorsque l’élève a des besoins particuliers, ce qui exige parfois une part de « défense des intérêts », donc un certain courage. Comme le disait mon grand-père : « Mieux vaut un système cohérent et efficace qu’un système incohérent et inefficace! »

 

 

Conclusion

Le petit prince de Saint-Exupéry regarde les étoiles.Ce billet ne visait pas à aborder ces questions en détail. Celles-ci feraient plutôt l’objet d’un ouvrage nettement plus volumineux, puisque le sujet est bien complexe. Toutefois, je souhaite que ce billet ait permis aux lecteurs d’entrevoir la question initiale sous un angle ouvert et de les conscientiser à quelques enjeux essentiels.

Bon succès dans votre parcours professionnel auprès de ces « Petits Princes »!

 

 Sources

cdc.gov/ncbddd/autism/data.html

autismontario.novosolutions.net/default.asp?id=134&Lang=2&SID=

cmaj.ca/content/186/7/509

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Écrit par
travaille dans le monde de l’éducation franco-ontarien depuis plus de 30 ans en tant qu’enseignant et conseiller pédagogique membre de l’Ordre des enseignantes et des enseignants de l’Ontario. Il a enseigné au CSDCEO dans les années 90. Par la suite, il est devenu conseiller pédagogique au services consultatifs de langue française (SCLF) du ministère de l’Éducation de l'Ontario. Au même moment, il a aussi travaillé au CFORP et au CLÉ. Par la suite, c’est au Centre Jules-Léger où sa carrière s’est poursuivie pendant 14 ans en tant que consultant en surdicécité. Il donne le cours de qualification additionnelle en enseignement aux élèves sur le spectre de l’autisme à l’Université d’Ottawa où il a aussi travaillé comme coordonnateur des stages au programme de formation à l’enseignement. Il collabore en ce moment comme rédacteur de cours modulaires au service d’édition du CFORP.
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