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Mentalité de croissance : du bien-être de l’élève à l’impact systémique!

Ce billet de blogue est le premier d’une série qui sera publiée d’ici le 16 mai 2018. Tous les billets de cette série sont complémentaires aux capsules d’autoformation sur la mentalité de croissance produites par le CFORP. Ce premier billet soutient plus particulièrement la capsule 1 intitulée Qu’est-ce que la mentalité de croissance?

 

Mentalité de croissance : du bien-être de l’élève à l’impact systémique!

 

Au cours de mes dernières années en enseignement, j’avais pris l’habitude de lire l’extrait suivant aux parents de mes élèves lors de la soirée à laquelle je les invitais en début d’année. Je les incitais à réfléchir à leur rôle pour ensuite décrire ma vision du mien et je reprenais conscience, par la même occasion, de l’immense responsabilité qui vient avec le privilège de côtoyer des enfants quotidiennement.

 

« J’en suis venu à la conclusion effrayante que je suis l’élément décisif en salle de classe. C’est mon approche personnelle qui crée le climat. C’est mon humeur du jour qui crée l’ambiance. En tant qu’enseignant, j’ai le pouvoir de rendre la vie d’un enfant misérable ou joyeuse… Je peux humilier ou guérir. Dans toute situation, c’est ma réaction qui détermine si une situation dégénérera ou s’apaisera et si l’enfant sera humanisé ou déshumanisé. »

Traduction libre – Haim G. GINOTT (enseignant, psychologue et pédagogue, 1922–1973)

 

Cette citation du Dr Haim Ginott me rappelait qu’en tant qu’enseignante, je pouvais avoir un impact déterminant sur l’estime de soi, le bien-être et l’avenir de chaque enfant. C’est un message qui m’est revenu en tête dès mes premières lectures sur la mentalité de croissance.

 

Qu’est-ce que la mentalité de croissance?

 

En 2017, le ministère de l’Éducation de l’Ontario adoptait le Cadre de compétences globales dans lequel la mentalité de croissance est présentée sous la compétence Apprentissage autonome.

Avec mes collègues du CFORP, j’ai eu l’occasion de réfléchir à ce qu’est la mentalité de croissance, à son impact sur la pratique enseignante, le bien-être de l’apprenant du 21e siècle ainsi qu’à son potentiel de transformation à l’échelle d’un système.

 

 

En consultant les recherches de Carol S. Dweck, professeure à l’Université de Stanford, mes collègues et moi-même avons confronté nos nouvelles connaissances à notre pratique et avons fait ce que tout bon enseignant fait régulièrement… se remettre en question, se poser des questions :

  • Est-ce que mes interventions auprès de chacun de mes élèves témoignent de ma croyance que l’intelligence n’est pas fixe et qu’avec des stratégies efficaces et la persévérance tous peuvent s’améliorer?
  • Est-ce que mes propos mettent régulièrement en valeur à quel point les erreurs et les obstacles peuvent être sources d’apprentissage dans ma classe?
  • Ma rétroaction aux élèves est-elle inspirée de la conviction profonde que chacun et chacune a le potentiel de réussir?
  • Est-ce que ma salle de classe est un incubateur où éclot l’estime de soi de mes élèves?

Ce questionnement a fait émerger pour nous des liens tout naturels entre la mentalité de croissance, le bien-être de l’élève et le rôle déterminant de l’enseignant en salle de classe.

 

L’adulte bienveillant : à la source du bien-être et de la mentalité de croissance

 

« La promotion du bien-être figure parmi les quatre objectifs interreliés d’Atteindre l’excellence : Une vision renouvelée de l’éducation en Ontario et part du principe que le système d’éducation se doit d’aider les élèves à acquérir les connaissances et les aptitudes qui contribueront au maintien de leur bien-être et qui leur permettront de devenir des citoyens actifs, engagés et en bonne santé. »

Stratégie ontarienne pour le bien-être en milieu scolaire, Document de discussion, 2016

 

Nous savons aujourd’hui que le bien-être de l’élève dépend de nombreux facteurs comme les interactions sociales et familiales ainsi que la santé émotionnelle, spirituelle, physique et mentale. Nous sommes également conscients du fait que le soutien d’adultes bienveillants aide les élèves à développer une image positive d’eux-mêmes, les outille à surmonter les défis que comporte le monde actuel et les prépare à devenir des citoyens actifs et engagés.

En instaurant un climat d’apprentissage positif en salle de classe, l’adulte bienveillant met en place le terreau idéal pour développer la mentalité de croissance chez les élèves, pour les inciter à persévérer, à être les maîtres d’œuvre de leur apprentissage, à faire preuve de métacognition, à s’engager cognitivement, à former une communauté apprenante où le sentiment de confiance est tel qu’on peut s’appuyer sur les autres, prendre des risques et apprendre de ses erreurs. Il existe des possibilités infinies dans un environnement d’apprentissage permettant à chaque élève de croire en soi, en son potentiel unique et en sa propre réussite. Le bien-être et la mentalité de croissance sont beaucoup plus que des notions en vogue présentement en éducation. Ils constituent des assises à l’apprentissage auxquelles chaque élève a droit à l’école du 21e siècle.

 

Le bien-être et la mentalité de croissance sont beaucoup plus que des notions en vogue présentement en éducation. Ils constituent des assises à l’apprentissage auxquelles chaque élève a droit à l’école du 21e siècle.

 

 

 

La mentalité de croissance… à tous les niveaux de la fractale scolaire!

 

Lucy West se sert régulièrement de l’analogie des fractales, qui désignent des objets dont la structure est invariante par changement d’échelle, pour illustrer que nos croyances et nos façons de les actualiser ont tendance à se répéter à tous les niveaux d’un système. Ceci semble particulièrement vrai dans le cas de la mentalité de croissance dans une communauté scolaire.

 

fractales

source : istock.com

 

Lorsqu’un enseignant ou une enseignante fait preuve de mentalité de croissance autant dans sa vie personnelle que dans sa classe, surtout si c’est de façon intentionnelle et explicite, il ou elle favorise une telle mentalité chez ses élèves… c’est une question de fractales!

 

Imaginez un système où les dirigeants favoriseraient une culture d’innovation en encourageant la prise de risque et en donnant une voix à tous les groupes d’employés, peu importe la structure hiérarchique. Imaginez maintenant une école où la direction encouragerait le personnel enseignant à redéfinir ses pratiques pédagogiques tout en permettant l’erreur et en offrant du temps pour réfléchir à ces erreurs et aux constats en découlant. Peut-on penser qu’un tel style de gestion aurait des répercussions jusqu’en salle de classe? Absolument… imaginez une salle de classe où l’enseignant se voit comme un facilitateur, un concepteur pédagogique et incite ses élèves à exposer leurs bris de compréhension, à poser des questions, à demander de l’aide, à valoriser les autres, à voir l’échec comme un tremplin vers l’apprentissage, à persévérer et à innover. La mentalité de croissance dans chacun des éléments de la fractale scolaire, tout un potentiel de transformation!

 

Beaucoup plus qu’une attitude positive!

 

Développer une mentalité de croissance, c’est beaucoup plus que d’adopter une attitude positive ou de voir la vie du bon côté. Il ne s’agit pas d’une paire de lunettes roses qui nous fait automatiquement passer d’un état d’esprit à un autre dans toutes les sphères de notre vie. Développer une mentalité de croissance est une démarche intentionnelle et gratifiante autant du point de vue personnel que professionnel. Simplement, c’est une démarche que je vous invite à entreprendre avec vos collègues en consultant les capsules d’autoformation à ce sujet. Pour l’enseignante ou l’enseignant du 21e siècle, développer une mentalité de croissance ne constitue pas qu’un simple atout. C’est un incontournable, un gage de transformation au profit de la réussite et du bien-être de l’élève et de tout un système.

 

Développer une mentalité de croissance, c’est beaucoup plus que d’adopter une attitude positive ou de voir la vie du bon côté. Il ne s’agit pas une paire de lunettes roses qui nous fait automatiquement passer d’un état d’esprit à un autre dans toutes les sphères de notre vie.

Écrit par
Apprenante à vie et pédagogue toujours en devenir, j’ai été enseignante pendant 18 ans avant de me joindre à l’équipe du CFORP, au sein des services Édition et Formation professionnelle. J’ai été directrice de l’équipe TacTIC de 2015 à 2017 et ce rôle m’a permis de côtoyer des enseignantes et des enseignants, des conseillers et des leaders pédagogiques inspirants qui, comme moi, croient en la transformation des pratiques pédagogiques pour engager l’élève et développer les compétences globales qui lui permettront de devenir un citoyen actif et responsable. Je suis présentement à la direction du service Formation professionnelle du CFORP où j’ai la chance de collaborer et d’innover avec des collègues de SOS Devoirs, des Instituts d’été et de la grande équipe d’accompagnement qui œuvre partout en Ontario français. Twitter : @cdrouin1
Derniers commentaires
  • La mentalité de croissaance doit imprégner notre pratique.
    J’adore qu’on indique que ce n’est pas le port de lunettes roses mais plutôt une pratique intentionnelle et réflexive.
    Croire que nous sommes tous en mesure d’apprendre, de cheminer, de croître…ce n’est pas de l’optimisme, c’est d’accompagner, de guider l’apprenant, que ce soit nos élèves, nos collègues ou encore nous-même. Nous devons réaliser que nous décidons de nos limites et qu’être innovants, c’est oser et risquer, c’est faire autrement sans pour autant garrocher les bonnes pratiques d’aupravant mais d’y réflechir et des les adpater selon les besoins actuels.

    • Céline Drouin

      Tout à fait Lori! Merci pour ce commentaire dont je retiens particulièrement le message sur nos limites!

  • Enseignante depuis 22 ans, j’ai eu l’occasion de me tremper dans divers rôles tels qu’enseignante diagnosticienne, conceptrice et rédactrice au sein du service d’édition du CFORP, enseignante ressources et leader pédagogique dans mon école. J’accepte le changement et m’embarque dans les nouveautés à un rythme qui me permet d’apprendre et de cheminer dans mon développement professionnel. J’aime offrir aux jeunes devant moi le goût de découvrir une panoplies de nouveautés qui leur permettront de grandir et devenir des citoyens actifs et engagés. Le bien-être de chacun d’entre eux est super important pour qu’ils puissent développer des compétences globales solides. Une bonne santé physique et mentale est à la base d’une vie personnelle bien équilibrée et d’une contribution saine dans la société.

    • Céline Drouin

      Tu as tellement raison Angèle! L’apprentissage est à son meilleur dans un contexte de bien-être, de santé physique et mentale! Tes élèves sont chanceux!

  • Beau texte inspirant Céline, belle description de la mentalité de croissance. Je ne suis pas enseignante mais je me souviens très bien de ces enseignantes et enseignants généreux qui croyaient en nous, les élèves, et qui nous encourageaient à développer nos talents, à risquer, à pousser nos limites et explorer l’inconnu. Ce sont des approches tellement importantes aussi pour les parents qui cherchent à soutenir l’apprentissage de leurs enfants: valoriser la démarche plutôt que l’échec ou la réussite. Je vais continuer à te lire, c’est intéressant aussi de pouvoir donner une intention aux gestes que l’on pose et aux choix que l’on fait dans la vie de tous les jours!

  • Céline Drouin

    Merci de pousser la réflexion au-delà du monde de l’éducation Carole D. Peu importe notre rôle ou notre milieu de travail, nous pouvons tous contribuer à l’épanouissement des enfants et des adultes que nous côtoyons… d’abord en croyant sincèrement en eux et en posant les gestes qui le démontrent!

  • André Savard

    Merci beaucoup Céline de ta réflexion et du partage de ton expérience. Tu nous amènes directement au cœur d’un sujet qui fait appel à notre représentation de l’apprentissage et au rôle que nous pouvons y jouer. L’impact que nous pouvons avoir sur les enfants est immense ainsi que celle que nous pouvons avoir les uns sur les autres dans notre milieu de travail. Quand nous savons offrir et soutenir la liberté à quelqu’un afin qu’il puisse innover, créer, explorer ses passions, bref, d’être ce qu’il souhaite devenir, nous lui offrons le droit d’exister pleinement. Prendre le risque de réfléchir et de transformer mes représentations et mes façons de faire pour le meilleur bien d’autrui et mon bien, n’est-ce pas là l’esprit d’une mentalité de croissance?

    • Tu as tout à fait raison André. En tant que pédagogue, notre comportement et notre attitude influencent le climat scolaire et le milieu d’apprentissage. Nous avons le pouvoir de transformer nos représentations afin d’accompagner les élèves à se développer et à s’épanouir. N’est-ce pas un comportement de mentalité de croissance?

    • Céline Drouin

      Merci à toi André pour ce commentaire… enseigner est en effet un acte social, un acte relationnel puissant ayant le potentiel de transformer la perception qu’ont les gens, et particulièrement les enfants, d’eux-mêmes. Tout un privilège!

  • J’enseigne à des élèves ayant des besoins particuliers et une tradition que nous avons dans la classe est celle de célébrer lorsque les élèves posent des questions. Dire « je ne sais pas » ou « je n’ai pas compris » est la première étape vers une nouvelle apprentissage.

    • Céline Drouin

      Quelle belle pratique à instaurer avec tous les élèves! Un pas significatif vers la mentalité de croissance. Bravo et merci pour ce partage!

  • J’avais compris que je devais devenir blogueuse et non commentatrice! Je ne vous épargne donc pas de mon premier billet!!!

    Des moments charnières m’ont permis de me faire ma propre idée de ce que c’est la mentalité de croissance…

    J’en suis à ma 21e année en enseignement et on dirait que je n’ai même pas vu le temps passer! Je pense être une bonne enseignante. J’enseigne le français au moyen de tâches authentiques et différenciées. Je suis toujours prête à essayer des nouvelles stratégies. Je suis à l’écoute de mes élèves. J’ai des relations bienveillantes et respectueuses avec eux. Pourtant, si je retourne dans le passé, mon passage à la Faculté d’éducation a été plutôt ardu. Il y avait un cours en particulier, celui où on se faisait filmer, qui me mettait dans tous mes états. Je devenais nerveuse à un point tel que j’en perdais le souffle. Une collègue m’avait alors donné un commentaire de rétroaction assez raide, merci : « Trouve autre chose, l’enseignement n’est pas pour toi. » Ce commentaire malveillant a teinté tout mon parcours ainsi que la relation que j’allais entretenir avec mes futurs élèves. À ce moment-là, j’ai su que je n’abandonnerais pas et que peu importe les élèves qu’on allait me confier, je ne leur couperais jamais les ailes avec mes paroles ou mes gestes. Je pense que pour qu’il y ait une mentalité de croissance, il faut qu’il y ait aussi de la résilience et de la bienveillance.

    Plus tard dans ma carrière, un autre moment m’a marquée. Je me souviens (oui, je suis assez vieille pour ça!) de l’arrivée des grilles et de la publication de Faire croître le succès. Le message qu’on nous répétait alors était celui de la réussite pour tous les élèves. Je n’y croyais pas. Pour moi, cela équivalait à tricher : distribuer allégrement des 3 et des 4 comme si c’étaient des bonbons d’Halloween! Puis, on m’a invitée à une conférence de Mme Anne Davies. Elle a dit des mots qui ont transformé ma vision du succès : celui ou celle qui part d’un échec et qui finit avec un niveau 2- a connu un grand succès. Le succès, ce n’est pas la destination finale, mais la distance qu’on parcourue. Pour moi, c’est aussi ça la mentalité de croissance, continuer à cheminer même en sachant que dans certains domaines, on ne sera jamais la plus grande des vedettes!

    Enfin, plus récemment, j’ai lu le livre de Carol Dweck dont il est question dans la première capsule et cela m’a permis de mettre des mots sur des convictions que j’avais adoptées au fil des ans. En ses mots à elle, madame Dweck m’a aidée à comprendre que croire qu’une personne peut se développer toute sa vie, qu’on peut donner un sens à ses échecs, qu’il faut saisir les occasions et oser essayer; c’est ça l’état d’esprit de développement.

    • Céline Drouin

      Merci Caroline pour ce partage teinté d’expériences personnelles si révélatrices! Je suis tellement heureuse pour tes élèves et collègues que tu aies poursuivi en enseignement… ils sont chanceux de te côtoyer et de profiter de toutes les bonnes questions que tu poses et de ta vision toujours en évolution de la pratique enseignante.

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