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Neuroplasticité et mentalité de croissance…« Grandir ça veut dire changer! »

Ce billet de blogue est complémentaire aux capsules d’autoformation sur la mentalité de croissance produites par le CFORP. Ce septième billet, d’une série de billets qui se terminera en mai, soutient tout particulièrement la capsule intitulée Quels sont les liens entre la neuroplasticité et la mentalité de croissance?

 

Neuroplasticité et mentalité de croissance… « Grandir ça veut dire changer! »

 

D’aussi loin que je puisse me souvenir, ma grand-mère me répétait souvent que grandir ça voulait dire changer! À cinq ans, cette phrase allait de soi… je voyais bien que je grandissais! À chaque fois que j’allais chez ma grand-mère, elle prenait un plaisir fou à mesurer notre taille le long d’un cadre de porte réservé aux cousins et aux cousines; il était évident que je grandissais et que je changeais.

Grandir ça veut dire changer… À mesure que je vieillissais, ce bout de phrase prenait un sens tout à fait différent. Notons en passant que ma grand-mère était plutôt originale. Après avoir perdu son mari à l’âge de 35 ans, elle avait pris en charge sa famille de façon peu orthodoxe pour l’époque en conduisant des taxis et des « taxidoos » à travers le parc de la Mauricie. Elle avait aussi ouvert un magasin général et y faisait participer ses enfants. Sans compter qu’elle avait mis sur pied une entreprise de couture, ainsi qu’une petite pâtisserie où elle pouvait compter sur les services d’une de ses filles (ma tante Charlotte) qui affichait un handicap physique important. Aujourd’hui, j’en conclus que ce sont ces expériences de la vie qui lui ont permis de créer son dicton « grandir ça veut dire changer! »  Enfin, c’est ce que je croyais une fois devenu plus vieux et après avoir découvert ce qu’elle avait réalisé lorsqu’elle était plus jeune.

Plusieurs années plus tard, alors que je sortais de l’université, je me rappelle avoir été visiter ma grand-mère qui était maintenant plus âgée et de lui avoir demandé pourquoi elle me répétait souvent que grandir ça voulait dire changer? C’est ainsi qu’elle m’a expliqué trois choses que j’ai retenues de la façon suivante :

  • Mes enfants ont toujours été une source de motivation et de dépassement.
  • Mes plus belles expériences ont été celles qui m’ont permis de réussir là où je ne m’en croyais pas capable.
  • Les plus grandes pertes dans ma vie (son époux et sa fille handicapée) m’ont obligé à réajuster ma vision des choses et à revoir ma façon d’agir.

J’ai l’impression que pour ma grand-mère, grandir ça voulait aussi dire ce que nous rappelle cette citation d’un inconnu.

« Grandir je crois que c’est une volonté d’évoluer, d’accueillir ses fragilités, ses peurs, grandir c’est comprendre qui on est, ce qu’on veut, pourquoi on le veut, ce qu’on vit… Grandir c’est pouvoir accueillir l’autre sans crainte…
C’est aussi savoir que chaque jour on grandit et que notre définition grandira elle aussi… Voilà comment je vois l’action de grandir et heureusement j’ai toute une vie pour ça. »

 

De ma grand-mère… à la neuroplasticité…

 

À la lumière de ces réflexions, toute la notion de neuroplasticité présentée dans la capsule d’autoformation Quels sont les liens entre la neuroplasticité et la mentalité de croissance? prend encore plus d’envergure. Je comprends davantage à quel point notre état d’esprit peut être influencé par la croyance que nous entretenons en ce qui a trait à notre capacité de grandir et de changer. Aujourd’hui, je saisis mieux toutes les dimensions que revêtent les mots que me disait ma grand-mère… Grandir, ça veut dire changer. Mis à part que mes conceptions de l’apprentissage et de l’éducation s’élargissent constamment, elles sont aussi le fruit d’une foule de facteurs. Elles se traduisent par les questions suivantes :

  • Est-ce que je crois sincèrement que les personnes que je côtoie dans mon milieu de travail (élèves, enseignants, collègues, parents…) peuvent apprendre, changer et grandir?
  • Suis-je disposé à changer, à ajuster, voire à transformer mes pratiques aux plans personnel et professionnel? Comment puis-je arriver à faciliter ce processus?
  • Est-ce que je crois vraiment que mon cerveau ainsi que mon intelligence sont en transformation constante et que j’ai cette possibilité de modifier mes capacités, mes attitudes, mes habitudes, mes savoirs?

Si je ne suis pas en mesure de répondre positivement à ces questions, que devrais-je faire? Les recherches récentes dans le domaine des neurosciences nous fournissent de l’information extrêmement intéressante sur le fonctionnement du cerveau. Ces connaissances nous permettent de remettre en question certaines croyances établies, par exemple sur le QI (voir Le test de quotient intellectuel, un outil controversé). En effet, si le cerveau est malléable et si tout au long de notre vie nous avons la possibilité de remodeler son mode d’organisation, il serait donc superflu de s’en faire une image fixe et définitive! Ainsi, lorsque j’ai regardé la vidéo suivante portant sur la neuroplasticité et que je l’ai comparée à la vidéo présentée dans la capsule d’autoformation, j’en suis venu à me poser la question suivante :

 

En quoi ces vidéos sont-elles complémentaires et différentes?

 

 

 

La réponse à la question précédente n’est pas simple, mais elle est fondamentale pour la suite des choses. En fait, je crois que d’une part nous devons être convaincus que notre cerveau peut se transformer tout au long de notre vie, mais aussi que le déploiement d’efforts, de persévérance, et l’utilisation de diverses stratégies demeurent des outils essentiels pour faire face aux obstacles mentaux que nous avons accumulés depuis notre tendre enfance et qui resurgissent devant les défis quotidiens. Accorder une part et une importance égales à ces deux composantes est essentiel pour comprendre pleinement le principe de neuroplasticité et, ainsi, adopter des comportements qui soutiennent réellement une mentalité de croissance.

 

« …nous devons être convaincus que notre cerveau peut se transformer

tout au long de notre vie…»

 

Neuroplasticité et notre rôle comme accompagnateur de l’apprentissage…

 

Somme toute, développer notre compréhension du concept de la neuroplasticité et savoir en mesurer la portée sur notre état d’esprit et dans nos interventions à titre de pédagogue fera toute la différence. Cette prise de conscience de nos croyances confrontée aux recherches récentes sur le cerveau est nécessaire afin de redonner le vrai pouvoir à des notions telles que l’erreur, la différenciation, le développement de compétences et le soutien que l’on apporte aux élèves affichant des besoins particuliers pour ne citer que ces exemples. J’aurais tort de passer sous silence l’impact que cela peut avoir sur le type d’apprentissage que l’on propose à l’élève d’aujourd’hui. Survoler l’ensemble de ces paramètres constitue un véritable appel à mieux comprendre et à planifier de façon adéquate l’éventuelle mise en place d’une pédagogie de la compétence.

 

«…développer notre compréhension du concept de la neuroplasticité et savoir en mesurer la portée sur notre état d’esprit et dans nos interventions à titre de pédagogue fera toute la différence.»

 

Arbre fractalGrandir ça veut dire changer, disait ma grand-mère! Aujourd’hui, avec ce que nous savons, nous avons la chance et la possibilité de changer bien des choses en éducation, dans notre école, dans notre classe et dans notre quotidien. Accordons-nous le droit de disposer notre cerveau à entrevoir les choses sous divers angles pour notre meilleur bien et pour ceux et celles que nous accompagnons…

 

Révision : Johanne Ste-Croix et Philippe Legault – CFORP

Écrit par
Dans le domaine de l’éducation depuis plus de 27 ans, je suis actuellement leader pédagogique dans l’équipe TacTic du CFORP. Je soutiens la croissance professionnelle des directions d’école, des membres du personnel enseignant et des membres des services pédagogiques pour mieux répondre aux besoins d’apprentissage des élèves d’aujourd’hui. Je m’intéresse particulièrement à la ludification de l’apprentissage, à la pédagogie participative et à la transformation des espaces d’apprentissage. Twitter : @asavard1234
Derniers commentaires
  • Yves M

    Beau billet André! J’apprécie. J’ai l’impression que ta grand-mère était une « tough »! On vient de vivre chez nous une journée pédagogique avec Dre. Toscani qui a traité des neurosciences et la neuroplasticité… une belle journée! J’aime bien ta réflexion. Bravo.

    nb: Tu offres tu maintenant des tournée genre » taxidoo » ? Je serais peut-être preneur! 🙂

    • André Savard

      Merci Yves pour tes commentaires! Effectivement je crois aussi que l’étude de la neuroscience ouvre de belles et de nouvelles perspectives pour mieux saisir notre rôle comme éducateur et mieux saisir les immenses possibilités à notre disposition lorsque l’on parle d’apprentissage. Je vais aussi prendre connaissance des travaux du Dre. Toscani. Au plaisir de se parler bientôt! Concernant le taxidoo… qui sait… peut-être un jour à la retraite… soit assuré que je te réserve une randonné!

  • Céline Drouin

    Merci André pour ce billet de blogue si inspirant… et rassurant. On sait maintenant de qui tu tiens ta sagesse!

    • André Savard

      Le mot qui m’inspire dans ton commentaire Céline est que ce billet de blogue est rassurant. Il est effectivement rassurant pour nous, et pour ceux et celles que nous côtoyons, de se rappeler que nous sommes toujours des êtres en devenir qui peuvent transformer et approfondir de nouvelles perspectives, des personnes jamais tout à fait complètes, des chapitres d’un livre duquel nous n’avons jamais accès à la conclusion… Oui c’est rassurant et sincèrement réconfortant.

  • Bien écrit mon père. J’entretiens dernièrement qu’il y a une relation isomorphique entre le dévelopment du cerveau et celui du quadricept. Je met m’a théorie en pratique avec un succès mesurable, ce qui indique qu’en effet, le cerveau c’est bien du plastique. J’aimerais voir par contre, si la plasticité du cerveau n’est pas mesurable par un trait de personalité. Je pense entre autre à l’ouverture d’esprit. Peut-être le cerveau avec une affiliation politique de gauche, est plus plastique que celui avec une affiliation politique de droite? Après tout, les humains sont bâtit pour survivre, et il y deux stratégies: de faire ce qui marchait pour mes ancêtres, ce qui nécéssiterait peu de plasticité, ou de s’adapter à sont environement, ce qui nécéssiterait plus de plasticité. C’est donc plausible que la plasticité cérébrale soit un trait qui diffère d’un humain à l’autre. Bon, peut-être que c’est assé.

    • André Savard

      Merci Simon-Gabriel pour tes commentaires et surtout pour ta curiosité, ta créativité et ta persévérance sans borne, le cerveau a bien besoin de ces ingrédients , Poursuit ta recherche! Le cerveau est incroyablement impressionnant, j’ai bien hâte d’avoir la chance d’en parler avec toi à haute voix!

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