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Et si nos élèves devenaient nos enseignants?

Ce billet de blogue est complémentaire aux capsules d’autoformation sur la mentalité de croissance produites par le CFORP. C’es le douzième billet, d’une série de billets qui se terminera à la fin mai.

OUI!La mentalité de croissance pensée différemment pour améliorer les systèmes scolaires

Vous êtes-vous déjà trouvé dans une situation où vous ne vous sentiez pas en mesure de réussir? où vous n’étiez pas à la hauteur de la tâche? où vous aviez l’impression que rien ne fonctionnait?

Je suis prête à mettre ma main au feu que personne n’avouera le contraire. J’en suis convaincue!

 

Situation d’angoisse = Situation d’apprentissage

Bouton «Échap»Dans cette situation, vous auriez peut-être aimé disparaître momentanément tellement les émotions ressenties étaient fortes. D’autres personnes étaient peut-être présentes, et leurs actions ou leurs paroles ont fait en sorte que votre sentiment d’inconfort extrême s’est accentué. Que disaient leurs yeux? Ces personnes ont-elles communiqué leurs pensées de façon non verbale? Ont-elles prononcé une parole empreinte d’un jugement sévère? Ont-elles toussoté pour dissimuler un rire? Ont-elles changé de sujet de façon abrupte pour détendre l’atmosphère lourde qui régnait? Vous voulez probablement effacer ce moment de votre mémoire.

Que cette situation se soit produite il y a plusieurs années, il y a plusieurs décennies ou juste hier, il est très probable que vous en gardiez une cicatrice profonde. Il est possible que vous vous soyez dits que, plus jamais, JAMAIS, vous referiez la même chose en de pareilles circonstances. Sans le vouloir, à ce moment-là, votre petite voix intérieure – issue de votre instinct naturel de protection – vous a placé dans un état fixe ou, comme le dirait Carole S. Dweck, dans une mentalité fixe.

Les êtres humains de la préhistoire vivaient perpétuellement des moments d’angoisse et de dangers réels qui faisaient en sorte qu’il était essentiel d’arrêter certaines démarches qui menaient à l’échec, voire à la mort. Comme nous, ils apprenaient très rapidement de leurs erreurs et adaptaient leurs habitudes pour survivre. Heureusement, de nos jours, dans les pays où règne la paix, nous sommes confrontés à beaucoup moins de dangers mortels dans notre quotidien. Ouf! La plupart de nos décisions et de nos réactions sont donc des moments d’apprentissage plutôt que des moments d’angoisse extrême si nous choisissons d’y reconnaître des moments propices à l’apprentissage.

Comment faire pour accéder à une mentalité de croissance, même dans les moments où nous ressentons la gêne, la déception ou l’échec? Soyons sans crainte, nous pouvons évoluer. Les capsules d’autoformation de formaprO traitant de la mentalité de croissance m’ont permis de réfléchir sérieusement à l’enseignement et à l’apprentissage chez l’élève comme chez l’adulte. En suivant ces capsules, j’ai consolidé ma compréhension du principe suivant : quelle que soit notre situation d’angoisse, il y a toujours une façon d’apprendre de cette situation, que l’on soit un adulte ou un élève. Nous pouvons tous apprendre les uns des autres.

 L'évoltion de l'homme.

Élève encadré autrement ou différemment = Élève qui réussit

Entre les quatre murs de l’école, l’élève vit divers types d’encadrement qui lui permettent de réussir et d’assurer sa sécurité. L’élève qui connaît les règles de vie de l’établissement sait bien se comporter en salle de classe, sait les devoirs de la semaine, connaît son rang, sait quoi faire lorsque joue l’hymne nationale, etc. Il est appelé à être responsable de son comportement (dès 4 ans!) et, par conséquent, devra apprendre toutes ces règles.

Maman canard et ses poussins.

Étonnamment nombreuses lorsque nous songeons aux multiples instances qui prennent les décisions pour l’élève, ces règles et exigences sont souvent nécessaires. Nous savons que l’enseignement explicite est primordial pour que chaque élève connaisse ce qui est préconisé et les conséquences d’un non-respect des consignes. Plusieurs recherches montrent les avantages de ce type d’enseignement, notamment celles de C. Gauthier, S. Bissonnette et de M. Richard (2013), dont l’ouvrage Enseignement explicite et réussite des élèves présente les trois phases essentielles au déroulement efficace de l’apprentissage.

Réfléchissions davantage au nombre de conditions prédéterminées qui existent lorsque l’élève effectue une tâche. Devant une tâche à accomplir, un élève pourrait penser que le personnel scolaire cherche :

Les mots exacts pour le dire

La méthode la plus efficace

Les étapes prescrites

La règle à suivre

Les exigences partagées

L’échéancier

La forme

La bonne réponse

 

Malheureusement, les élèves n’accueillent pas tous les travaux d’envergure avec enthousiasme, prêts à s’attaquer aux différentes étapes. Il y a de ceux qui pourraient se sentir rapidement « pas à la hauteur », comme l’exemple au début de notre réflexion, par le simple fait de ne pas comprendre tout à fait l’un des aspects du travail à effectuer. Serait-il envisageable qu’un élève n’ose rien faire à l’écart de ces cadres, de peur de ressentir de fortes émotions d’échec? À l’assignation d’une tâche complexe, n’avons-nous pas déjà remarqué un élève qui couche sa tête sur ses bras pliés sur son bureau pour cacher sa détresse? Aucun adulte en contexte scolaire ne veut que l’élève se sente ainsi. Aucun élève ne veut ressentir ce sentiment d’angoisse. L’élève pourrait-il craindre le regard de ses pairs, entendre leurs rires éventuels (ou imaginés) et décider de ne pas tenter d’amorcer sa tâche pour se protéger? L’élève pourrait-il déjà se sentir incapable d’avancer et incapable aussi d’innover ou de faire éclater ses connaissances devant ces attentes? Comment éviter que l’élève plonge dans une mentalité fixe perpétuelle? N’est-ce pas tout le contraire que nous cherchons à faire en contexte scolaire?

Pour aider l’élève à penser autrement et à sortir de cette angoisse devant la tâche à accomplir, nous lui demandons souvent de ne pas trop penser aux règles.

Une idée brillante.

 

« Ne regarde pas les étapes de l’écriture d’un texte, parle-moi simplement de tes idées. On reviendra par la suite sur la forme correcte. »

Nous l’invitons à commencer quelque part, à mettre des mots sur le papier, à dessiner une illustration pour laisser sortir ses idées, à discuter à voix haute de ses étapes. Nous prononçons des paroles d’encouragements, nous allouons suffisamment de temps à l’élève pour qu’il arrive à produire son travail et, comme tout bon entraîneur, nous le guidons vers l’excellence (L’excellence s’inscrit-elle dans le cadre traditionnel prescrit? Sûrement le sujet d’un prochain blogue.). Nous l’encadrons autrement, cet élève qui en a de besoin. De ce fait, l’élève tente et ose peu à peu, et développe ses compétences tout en devenant plus résilient, ce qui fondera les débuts de sa mentalité de croissance. Concernant une tâche scolaire avec un début et une fin évidente, ces stratégies fonctionnent relativement bien, tant que nous entretenons une relation de confiance avec l’élève et que nous acceptons de sortir du cadre et d’arrêter de tout contrôler.

Souvent, l’élève nous fait confiance et se laisse guider autrement vers la réussite. Il est parfois craintif et inquiet. Après la tempête suivent souvent les tentatives, les sourires et le sentiment de fierté d’avoir accompli le travail. Laissons-nous inspirer par ce que font nos élèves dans des moments d’apprentissage plus ardus, où nous leur demandons de sortir du contexte prescrit. Carole S. Dweck, auteure du livre Changer d’état d’esprit : une nouvelle psychologie de la réussite, s’est laissée inspirer par les enfants et leurs façons de faire face aux échecs.

Voici ce qu’elle a noté à ce sujet :

 

citation de Carol Dweck

 

Reconnaissons aussi l’importance, autant avec les adultes qu’avec les élèves, d’accompagner autrement. Il n’est pas toujours simple de passer d’une mentalité fixe à une mentalité de croissance, d’un défi à une réussite, surtout lorsque les étapes sont multiples et que la tâche est complexe. Donnons-nous la main, comme le fait un enseignant avec un élève angoissé devant la tâche à accomplir.

 

Engagement de l’élève = Développement de sa mentalité de croissance et de la nôtre

 

Dans un sens large, que faisons-nous concrètement dans nos milieux scolaires pour que l’élève sente qu’il peut contribuer à son milieu? Les engageons-nous dans des consultations, des contextes systémiques scolaires? Qu’est-ce que les élèves peuvent nous enseigner de plus? Pourquoi en restons-nous souvent à l’étape de la consultation lorsque l’élève accomplit des tâches scolaires, mais ne l’engageons-nous pas pour agir et planifier des tâches de plus grande envergure? Selon les neuf principes de la « voix des élèves », initiatives du ministère de l’Éducation de l’Ontario, les élèves préconisent que les écoles et les conseils scolaires puissent :

  1. Offrir des activités à l’extérieur de la salle de classe.
  2. Aider les élèves à développer des compétences pratiques.
  3. Constituer un milieu socialement inclusif.
  4. Constituer un milieu scolaire inclusif (qui est différent du social).
  5. Donner aux élèves les moyens d’exprimer leurs points de vue.
  6. Permettre aux élèves de donner leur point de vue sur leurs expériences d’apprentissage.
  7. Tenir les élèves informés de ce qui se passe.
  8. Fournir une éducation de qualité.
  9. Encourager l’adoption de pratiques écologiques.

De l'aide pour monter des escaliers.

 

À mon avis, les élèves peuvent nous aider à développer notre mentalité de croissance à titre de professionnels en éducation.  Si nous permettons souvent aux élèves de sortir des cadres tout en les encadrant autrement, par exemple, en agissant davantage à titre de coach qu’à titre de meneur, puis que nous les écoutons pour ajuster le plan de match quant aux prochaines étapes, je crois que nous en sortirons tous gagnants.

 

Ce que nous visons pour l’élève

Ce que nous visons pour l’adulte

Situation d’angoisse = Situation d’apprentissage L’adulte qui perçoit la situation d’apprentissage comme une étape importante dans son cheminement développe sa mentalité de croissance. L’adulte qui ose court la chance de mieux réussir.
Élève encadré autrement ou différemment = Élève qui réussit Avec un encadrement respectueux des différences de chacun, l’adulte qui permet à l’élève de sortir des cadres pour apprendre lui permet de réussir. Cet encadrement permettra également à l’adulte d’oser et de progresser dans son rôle.
Engagement de l’élève = Développement de sa mentalité de croissance et de la nôtre À titre d’adulte, la prise en charge de notre mentalité de croissance est importante. Visons haut pour nous.

 

 

Faisons aussi preuve de mentalité de croissance… comme système! Si nous engageons les élèves dans les tâches et que nous les écoutons, ils deviendront des partenaires inestimables dans l’édification d’un meilleur système d’éducation. Laissons-les nous montrer le chemin… Adoptons une mentalité de croissance à tous les échelons du système scolaire.

 

Écrit par
Roxanne Hotte a fait ses études à l’Université d’Ottawa en Éducation et en Philosophie. Elle détient une spécialisation en technopédagogie et en études religieuses tout en cumulant plus de 20 années d’expérience en éducation (CSC MonAvenir et CSC Aurores Boréales). Au CSC MonAvenir, elle a occupé plusieurs rôles (enseignante, conseillère, direction, etc.) et depuis septembre 2014, elle œuvre à titre de direction adjointe de l’apprentissage à l’ère numérique, leader GIARE, et PREAV (personne responsable de l’environnement d’apprentissage virtuel). Avec son équipe, Roxanne travaille au développement de divers projets touchant l’enseignement et l’apprentissage au 21e siècle tels que la transformation d’un espace commun dans chaque école du CSC MonAvenir (58 écoles) et l’utilisation d’outils physiques et numériques pour l’apprentissage des petits et des grands, Roxanne est une passionnée de la musique de tous les genres, de la nature, de la géologie et de la création de souvenirs, issus de temps passé en famille et entre amis.
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